Deviendrons-nous meilleurs ?

Qui aurait cru que nous vivrions un jour un confinement extrême qui nous a imposé la fermeture de nos frontières, l’arrêt des liaisons aériennes, la fermeture de nos cafés, restaurants et autres commerces si précieux à notre « art de vie à la française » ? Qui aurait pu croire un instant que nous vivrions confinés, cachés, calfeutrés et centrés sur notre simple survie ?

Le confinement a eu l’effet lent et progressif de ralentir la courbe des contaminations, des hospitalisations et aurait sauvé plus de 60 000 vies. Il nous a permis à dissocier petit à petit le temps long, notion relatée notamment par un article d’Open Work, décrivant un temps « des hommes politiques, celui des grandes lignes, des grands projets […], ce temps long, c’est celui de la stratégie, celui qui dépasse l’intérêt individuel et l’intérêt actuel pour s’intéresser à l’intérêt général futur » et le temps court, celui « qui fait abstraction totale des conséquences à long terme […] De la deadline rapprochée, le paiement d’un client qu’on attend et dont on ne peut se passer ». Comment entrevoir une issue à long terme alors que notre vie se conjugue avec l’immédiateté et l’urgence ? « S’en sortir sans sortir », « Stay Safe Stay Home » sont autant de slogans qui ont émergés au plus haut de la crise mi-mars 2020.

Des héros malgré eux

Il y a les premières, les deuxièmes, les troisièmes lignes. Et les autres. Oui nous avons applaudi au balcon, oui nous nous sommes aperçus très singulièrement que ceux qui étaient responsables de nous faire survivre étaient les grands oubliés de la vie quotidienne, aux salaires misérables et auxquelles nous ne prêtions pas attention avant le 15 mars. Depuis, une chaîne de solidarité s’est formée. Nous prenons le temp car nous l’avons retrouvé. Qui n’a pas été reconnaissant de sa boulangère ou de son caissier en les remerciant avec émotion de maintenir l’effort ? Nous avons retrouvé l’esprit de fraternité quand celui-ci était fané : des écriteaux mercis sur les poubelles des immeubles, des restaurateurs concoctant des petits plats pour le personnel soignant, des professeurs accueillant les enfants des personnes mobilisées sur le terrain.

(Re)devenons positifs

Pourquoi s’obstiner à pester, critiquer, vomir sa bile, gloser à tout-va alors que les évènements sont exceptionnellement graves ? Pourquoi sommes-nous l’un des pays où l’esprit de contestation est le plus fort (allons, allons, c’est un fait !). L’académicien Jean Dutourd disait : « Les gens qui se plaignent constamment vivent leurs malheurs deux fois ».

Nous portons certes un très bel héritage historique et culturel mais celui-ci peut paraître un peu lourd à porter. Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza, témoigne dans une interview :

« En France, l’Etat doit nous soutenir, nous accompagner, nous soigner. On l’aime et on a besoin de lui comme un enfant de son parent. Mais en même temps, on le rend responsable de tous nos maux, on considère qu’il ne nous donne pas assez, qu’il nous empêche, nous sanctionne. Notre esprit rationnel, issu de Descartes et des Lumières est nocif. S’il est exigeant en termes scientifiques, il n’est en revanche pas unificateur car il encourage le doute, la critique. »

Le Français serait râleur car obnubilé par la rationalité et la critique. Oui, l’esprit est une chance !  Quand on compare le contenu de l’apprentissage à Taiwan ou en Australie (pour y avoir vécu), il est vraiment une chance de pouvoir étudier en France. Notre professeur de master en tourisme nous toujours appris à mettre en relief ce que nous lisions, quand bien même le contenu était rédigé de la main la plus adroite.

La richesse de notre esprit n’y perdrait rien s’il flirtait avec l’humilité, la simplicité ou le positivisme. Voir le verre à moitié plein, mettre de l’eau dans son vin, laisser pisser, comme vous le voulez. Peut-être avons-nous pu regagner un peu plus de calme pendant cette période de confinement ?

Nous retrouver  

Car c’est peut-être un avantage inattendu lors de cette crise planétaire. Nous avons pu nous retrouver face à nous, nos ambitions et nos attentes. Nous espérons qu’après cette introspection majestueuse, des conséquences heureuses pourront se profiler. Deviendrons-nous centrés sur le développement de nos territoires, aurons-nous à cœur de veiller sur l’autre, penserons-nous aux conditions de notre bonheur ?

Et si le chinois nous apportait un début de réponse, par la définition du mot « crise » qui vient de la combinaison de deux caractères : Wei (危) et Ji (机). Le premier signifie le danger et le deuxième l’occasion, l’opportunité. Puisons le meilleur dans cette opportunité d’échapper au danger. Réinventons-nous professionnellement, humainement, socialement.

Un phénomène d’ailleurs soutenu par un bon nombre d’influenceurs qui, peu de temps avant le confinement, découvraient le monde grâce à des partenariats onéreux et usaient les banquettes d’avion comme le bon caissier usait les bancs de la ligne 13. Ces mêmes qui aujourd’hui revendiquent un retour aux sources ou au bien-être (le Yoga n’a jamais autant été la vitrine de notre déculpabilisation chronique qui nous rachète une conscience écolo-humano-philosophiquement centrée). D’ailleurs, si 1,8 millions de pratiquants étaient comptabilisés en 2017 contre 2,6 millions deux ans plus tard : combien seront-ils en 2020, l’année du grand confinement ? Loin de nous l’idée de critiquer la pratique du yoga, mais il est très intéressant de voir qu’il est conjoncturel de crises internationales structurantes. Avons-nous atteint le paroxysme du stress et de la perte de notre connexion à notre corps ?

Le confinemieux

Nous sommes persuadés que cet épisode aura un bénéficie dans nos vies. Au mieux il nous aura fait comprendre la beauté du simple, celui de pouvoir sortir sans attestation et voir les siens avec une facilité déconcertante. Il nous mènera si possible vers des horizons plus doux où l’Humain sera placé au centre. Davantage de solidarité, de fraternité (et sororité) et d’humilité. Ne nous vautrons pas dans l’hyperconsumérisme qu’un article du Nouvel Observateur décrivait comme un facteur aggravant en « nous infantilisant, le capitalisme consumériste met en danger la démocratie et aggrave les risques d’une confrontation avec les forces qui s’opposent à la mondialisation. ». Elevons-nous ensemble pour obtenir de ce marasme le meilleur de nous.

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